Accueil > Réfléchir... > Israël, laboratoire mondial du fascisme et de l’ethno-nationalisme
Israël, laboratoire mondial du fascisme et de l’ethno-nationalisme
Un texte d’Abbas Fahdel (cinéaste)
« Israël montre comment on protège une nation et ses frontières. »
— Viktor Orbán, Premier ministre hongrois, figure centrale de l’extrême droite nationaliste européenne.
« Israël est un exemple pour le monde libre face à la barbarie. »
— Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, parti d’extrême droite français.
« Israël est une référence morale et stratégique. »
— Javier Milei, président argentin, dirigeant d’extrême droite ultralibérale et autoritaire, proche des réseaux réactionnaires internationaux.
« Israël est un modèle dans la lutte contre le terrorisme. »
— Jair Bolsonaro, ancien président du Brésil, figure majeure de l’extrême droite autoritaire latino-américaine, nostalgique assumé de la dictature militaire.
Ces phrases, répétées, assumées et revendiquées par des dirigeants issus de la sphère fasciste et de l’extrême droite internationale, dessinent une même carte idéologique. Israël n’est plus seulement un allié ou un partenaire diplomatique : il est devenu un modèle politique revendiqué par les droites autoritaires et fascisantes à l’échelle mondiale. Un État admiré non malgré sa violence, mais précisément pour elle ; non malgré la suspension du droit, mais pour sa capacité à l’écraser sans conséquence.
Ce qui se joue aujourd’hui en Israël dépasse de loin la seule question palestinienne : c’est la normalisation globale d’un fascisme décomplexé, observé comme un manuel pratique par ceux qui rêvent d’en finir avec l’État de droit.
Israël démontre qu’un État peut ignorer le droit international tout en continuant à se présenter comme une démocratie, organiser une hiérarchie ethnique tout en bénéficiant d’un soutien occidental indéfectible, et mener une guerre totale contre une population civile enfermée sans en payer le moindre prix politique réel. Cette impunité systémique, dénoncée par Amnesty International et Human Rights Watch, qui qualifient explicitement le régime israélien d’apartheid et son action à Gaza de génocidaire, transforme Israël en laboratoire mondial de l’autoritarisme contemporain.
La loi fondamentale de 2018 définissant Israël comme « l’État-nation du peuple juif » a consacré juridiquement ce que la pratique imposait déjà : l’égalité n’est plus un principe, mais une variable. L’État se définit par l’exclusion, la citoyenneté par l’appartenance religieuse. Cette architecture légale fascine Viktor Orbán, qui y voit la preuve qu’un État peut assumer une identité ethnique exclusive tout en restant pleinement intégré au camp occidental.
Aux États-Unis, Donald Trump a élevé cette fascination au rang de doctrine politique. En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, en légitimant l’annexion de territoires occupés, en réduisant la question palestinienne à un simple problème sécuritaire, il a envoyé un message limpide à toute l’extrême droite américaine : la force fait le droit, la violence d’État est une vertu, et l’écrasement d’un peuple peut être présenté comme une nécessité morale. Les réseaux trumpistes, les milices armées et les suprémacistes blancs admirent la militarisation de la société israélienne, la fusion entre nation, religion et armée, et la criminalisation de toute dissidence.
En Argentine, Javier Milei pousse cette admiration jusqu’à l’alignement quasi messianique. Son soutien inconditionnel à Israël, son mépris affiché pour le multilatéralisme et le droit international relèvent d’une même grammaire idéologique : celle d’un monde divisé entre élus et ennemis, où la violence devient rédemptrice. Israël lui sert de preuve vivante qu’un pouvoir peut gouverner par le choc, la destruction et la peur tout en étant célébré comme rempart de l’Occident.
L’ancien président brésilien Jair Bolsonaro a incarné cette logique avec une brutalité assumée. Affichant le drapeau israélien lors de rassemblements, glorifiant l’armée israélienne, il voyait dans la politique menée contre les Palestiniens un modèle exportable pour la répression des populations pauvres, racisées et indigènes du Brésil. Là encore, Israël fonctionnait comme un modèle et une légitimation idéologique de la violence d’État.
En Europe, la mue des partis d’extrême droite est désormais achevée. Le Rassemblement national en France, Vox en Espagne, l’AfD en Allemagne, ainsi que les droites radicales italiennes et néerlandaises se présentent désormais comme des soutiens fervents d’Israël. Cette posture, de la part de mouvements au long passé antisémite, n’est ni un repentir historique ni un humanisme tardif : elle repose sur l’admiration d’un État qui assume la répression, la fermeture des frontières et la déshumanisation d’une population majoritairement musulmane. Marine Le Pen voit dans la politique israélienne un modèle de fermeté sécuritaire totale, allant jusqu’à assimiler la solidarité avec la Palestine à une menace intérieure.
Gaza est devenue la vitrine sanglante de ce modèle. En 2024, la Cour internationale de justice a reconnu l’existence d’un risque plausible de génocide et ordonné des mesures conservatoires largement ignorées. Le langage utilisé par Israël — amalgame systématique entre civils et combattants, déshumanisation totale des Palestiniens — est précisément celui que les régimes fascisants cherchent à banaliser sur leurs propres territoires.
Israël exporte enfin les outils matériels de cette domination : surveillance de masse, reconnaissance faciale, logiciels espions, doctrines de maintien de l’ordre testées sur une population privée de droits. La Palestine sert de champ d’essai à un futur sécuritaire global, où le contrôle remplace la politique et la peur tient lieu de projet.
Rien de tout cela ne serait possible sans la faillite morale de l’Occident. En protégeant Israël de toute sanction réelle, en ignorant les décisions de la Cour internationale de justice, les puissances occidentales consacrent une loi brutale : le droit n’est plus universel, il est conditionnel. Cette hypocrisie nourrit aujourd’hui Trump, Orbán, Milei et les extrêmes droites européennes, qui y voient la preuve qu’un autoritarisme assumé peut non seulement survivre, mais prospérer.
Israël est ainsi devenu le miroir dans lequel les fascistes contemporains contemplent l’avenir qu’ils souhaitent imposer : un monde de murs, de guerres permanentes et de vies hiérarchisées.
Et l’histoire, une fois encore, a déjà montré ce qu’il en coûte de détourner le regard.
